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Entretiens
Entretien avec Joe Fafard
Fafard Sculpture inc. / Julienne Atelier inc.
Joe Fafard, Royal Sweet Diamond, bronze et patine, 2001


Jean-Philippe Trottier : Je ne crois pas qu’on ait vraiment besoin de vous présenter. Sculpteur de renommée internationale, vous avez reçu beaucoup d’honneurs : l’Ordre du Canada et le prix de l’Architectural Institute of Canada Allied Arts, l'Ordre du Mérite de la Saskatchewan et enfin le Prix Montfort. Mais éloignons-nous quelques instants de ces trophées. La première chose qui frappe le visiteur qui arrive chez vous est l’impression de solitude pleine.

Joe Fafard : J’aime beaucoup vivre ici, l’été surtout. La prairie est chaude, ensoleillée, verte. J’ai bâti ici un endroit où vivre et un atelier.

J.-P. T. : Il y a longtemps?

J. Fafard : Je suis ici depuis le début du siècle.

J.-P. T. : Vous n’êtes pas si vieux!

J. Fafard : Je voulais dire depuis l’an 2000.

J.-P. T. : J’oubliais que nous étions au XXIe siècle! (rires généralisés) Cette solitude est-elle une façon de fuir la célébrité?

J. Fafard : Je suis né et j’ai grandi en campagne. Je n’ai jamais trouvé grand plaisir à vivre ne serait-ce que dans une petite ville comme Regina. Ça m’irrite. J’ai besoin d’une certaine solitude de la campagne. J’ai besoin d’espace, d’animaux, de plantes. J’aime être dans le climat de la journée, qu’elle soit grise ou ensoleillée.

J.-P. T. : En accompagnant les saisons, vous devez avoir une philosophie de la vie en accord avec le monde environnant.

J. Fafard : Je sens les cycles de l’année. Le temps est plus un cercle qu’une ligne.

J.-P. T. : Un cercle – fermé - ou une spirale - ouverte?

J. Fafard : On semble toujours revenir à la même place. Davantage un cercle, donc.

J.-P. T. : Mais comme créateur, vivre en ville permet davantage d’échanges avec d’autres artistes, on peut appartenir à une école, confronter ses idées. Ici, vous êtes en quelque sorte un dieu solitaire.

J. Fafard : On n’est pas complètement isolé. Ici, on a moins tendance à s’engager dans le discours des artistes de la ville. Nos clients sont plutôt des gens de la ville. Notre travail qui reflète notre vie à la campagne semble peut-être refléter un peu moins leurs préoccupations.

J.-P. T. : À la limite, vous créez pour vous-même.

J. Fafard : Je ne sais pas comment faire autrement. Je crée à partir de moi-même.

J.-P. T. : Ça demande donc un apprivoisement de la solitude.

J. Fafard : J’ai appris à l’aimer dès un très jeune âge. Je viens d’une famille de 12 enfants sur une petite ferme à Sainte-Marthe en Saskatchewan. J’étais le sixième. Il me fallait un peu de solitude pour me retrouver. La ferme me le permettait.

J.-P. T. : Aviez-vous conscience à l’époque de vouloir faire de l’art? Souvent, l’identité artistique signifie être à la page, être moderne, chic.

J. Fafard : Je voulais pratiquer ce métier depuis toujours mais je n’avais pas cette conception de l’artiste. Je dessinais beaucoup. On m’appelait l’artiste dans la famille. Mais je ne me rendais pas compte qu’être artiste voulait dire être impliqué dans un certain discours.

J.-P. T. : En fait vous le fuyez. Des questions comme : votre but dans la vie, votre école de pensée, ont-elles un sens pour vous? Appartenez-vous à un mouvement, vous réclamez-vous d’une influence, d’une sensibilité?

J. Fafard : Mon école s’enracine dans ma vie, mes expériences, mes observations, mes lectures, mes rencontres. Ça ne m’empêche pas de rencontrer d’autres artistes, des écrivains. Quoi qu’on fasse, on a toujours un certain discours. Travailler pour moi, c’est voir ce qui sort de l’intérieur.

J.-P. T. : Peut-on dire que vous êtes plus artisan qu’artiste?

J. Fafard : Oui, ça ne me dérange pas. Je pratique un art qui requiert des connaissances techniques, un métier. Je travaille avec méthode. J’ai maîtrisé une certaine technique en glaise, en bronze, en patine sur bronze, en céramique. Je n’ai pas séparé mon discours de ma technique.

J.-P. T. : Souvent, l’artiste s’évapore dans un discours, au détriment de la technique. Surtout en littérature, j’imagine, où la résistance du matériau est moindre. Le vôtre durcit vite, il a ses lois et sa rugosité face à votre volonté.

J. Fafard : On essaye de devenir partenaire avec cette résistance. On fait des business deals, pour ainsi dire, des négociations. Mon attitude envers le matériau change. Je le laisse fluide, je lui impose un contrôle, c’est selon mon esprit.

J.-P. T. : Je crois que c’était Rodin ou Michel-Ange qui disait qu’il suffisait d’extraire du matériau brut la forme contenue en puissance dedans. Êtes-vous de cet avis?

J. Fafard : Je pense que l’artiste imprime sa volonté plutôt. Même Michel-Ange imposait la sienne.

J.-P. T. : Je pense aux esclaves qui est une sculpture à moitié achevée. On a l’impression très forte qu’ils essaient de se libérer de la matière qui les emprisonne. Ils se tordent. On dirait que l’artiste n’a fait que découvrir ce qui était déjà là.

J. Fafard : Je ne pense pas. Si quelqu’un d’autre que Michel-Ange avait exécuté la pièce, quelque chose d’autre aurait surgi du bloc. Pour ce qui est de Rodin, il faisait des petites maquettes et avait une trawlée de gens qui les agrandissaient. Il effectuait le contrôle à la fin.

J.-P. T. : Ce qui n’est pas votre cas.

J. Fafard : Effectivement. Je prends toute la responsabilité de mon travail dont j’exécute toutes les étapes. J’ai en revanche des artisans qui travaillent pour moi et fabriquent des moules pour y couler le bronze. Mais je fais toute la sculpture avant le moule puis après la coulée, comme l’application des couleurs.

J.-P. T. : Vous dirigez donc une entreprise?

J. Fafard : Oui, à environ une demi-heure d’ici. Une fonderie où cinq à six personnes travaillent, certains depuis les débuts.

J.-P. T. : Pourriez-vous faire école, notamment avec ces personnes que vous employez? Un peu sur le modèle du maître et du compagnon, au Moyen Âge.

J. Fafard : Non. Ils ne sont pas intéressés à faire de la sculpture. Ils veulent être fondeurs.

J.-P. T. : Mais avez-vous tout de même influencé des artistes d’ailleurs?

J. Fafard : Peut-être, par accident. Mais je n’ai jamais voulu le faire. Je ne m’occupe pas de ça.

J.-P. T. : Et comment vous considère-t-on dans le communauté fransaskoise? Pensez-vous que l’artiste doit s’impliquer ou bien s’occupe-t-il de créer, sans plus?

J. Fafard : On est impliqué par la force des choses mais je ne crois pas à une règle qui fixerait à l’artiste un rôle social. C’est à chaque individu d’en décider. Pour ma part, je fais ce que je peux, sans me casser la tête.

J.-P. T. : J’aurais posé la question d’une autre façon : comme artiste, avez-vous la tâche de déterrer et d’expliciter les symboles d’une communauté? L’artiste est plus sensible à ce qui est souterrain, caché, inexprimable. Qu’il le veuille ou non.

J. Fafard : Je vais certainement m’impliquer dans mon entourage immédiat. J’aimerais que mon travail se reflète sur le groupe auquel j’appartiens. Mais au niveau politique, je trouve que ça prend trop d’énergie. Quand on travaille à partir de soi-même, cela va avoir naturellement des résonances dans la communauté. Si j’essaie de diriger…

J.-P. T. : … c’est la pire façon de fonctionner.

J. Fafard : (rires) Il me semble.

J.-P. T. : Pourtant vote communauté vous a adopté, vous êtes un symbole.

J. Fafard : Ça, ça me va très bien. Tout comme la famille Campagne qui a œuvré en chanson en Saskatchewan et ailleurs. Les Fransaskois sont fiers d’eux. Ils participent à la vie de notre tribu minoritaire.

J.-P. T. : Mais vous, vous avez non seulement été adopté par votre communauté fransaskoise mais par la province entière et même au-delà puisque vous êtes connu internationalement. Ce n’est pas peu…

J. Fafard : Je suis fier d’avoir pu rejoindre des gens dans tous ces autres groupes. N’oubliez pas qu’en Saskatchewan, il n’y a pas de majorité ethnique, il n’y a que des groupes minoritaires. On est fier de produire une culture saskatchewanaise en ce sens.

J.-P. T. : Ça existe?

J. Fafard : Je pense que oui.

J.-P. T. : Comment la définir?

J. Fafard : Je ne sais pas trop. En 1920, on était, avec un million d’habitants, la troisième province la plus peuplée au Canada après le Québec et l’Ontario. Beaucoup de Saskatchewanais ont quitté leur province natale et se sont établis ailleurs au Canada pour exercer leur influence. Aujourd’hui, on est encore un million. Les descendants sont ailleurs.

J.-P. T. : Et il y a un esprit, une culture, une façon de faire propres?

J. Fafard : Je pense que oui. Les visiteurs ont toujours la surprise de voir des gens ouverts, amicaux, prêts à aider. Je ne veux pas parler de moi-même (rires).

J.-P. T. : Si on vous proposait d’aller vivre à Toronto, Montréal ou Vancouver…

J. Fafard : Je n’irais pas. J’aurais pu. Quoique je passerais bien un petit séjour à Montréal. Je suis bien ici (rires).

J.-P. T. : Vous parliez de tribu il y a peu. C’est quoi, une ethnie, un peuple fondateur?

J. Fafard : C’est un terme assez primitif qui désigne un groupe de gens qui partagent certaines affinités, une vision. On pourrait même parler d’une tribu d’artistes. Mais dans mon sens, cela désigne les Canadiens-français. On remonte loin. À l’époque on se reconnaissait plutôt comme Canadiens. Les autres étaient des Anglais. Dès qu’on rencontrait un autre Canadien, c’était comme si on était en présence d’un frère, la confiance s’installait.

J.-P. T. : Et quelles étaient les valeurs de cette tribu?

J. Fafard : L’honnêteté, la sensibilité au fait d’être isolés, éloignés les uns des autres. Le catholicisme souvent, la volonté de construire un pays. Je me souviens de mon grand-père qui s’exclamait : « Si les prêtres nous avaient laissé faire. On aurait un pays dans l’Ouest! » Il trouvait que les prêtres avaient empêché les jeunes de partir coloniser l’Ouest et les avaient encouragés à travailler deux ou trois ans au Massachusetts et à revenir avec un rouleau d’argent pour s’établir. En partant vers l’Ouest, ils savaient qu’on ne reviendrait pas.

J.-P. T. : Mais quel était le rêve qui animait ces colons qui venaient ici?

J. Fafard : Ils voulaient faire une continuation du Québec car leurs perspectives sur place devenaient de plus en plus réduites. C’était des agriculteurs sur les rangs du bord du Saint-Laurent qui, à chaque héritage, voyaient leur part rétrécir. Ils voulaient plus de grandes terres. Il y en avait à l’Ouest. On y a établi beaucoup de communautés francophones à l’époque.

J.-P. T. : Y avait-il une certaine mystique dans ce projet? Je pense toujours à la personnalité de Louis Riel qui se considérait comme un prophète du nouveau monde. Il était mystique!

J. Fafard : Ça n’a rien à avoir, surtout que Riel, c’est arrivé vingt avant l’arrivée ici de mes grand-pères.

J.-P. T. : Mais avez-vous néanmoins une certaine mystique? En arrivant chez vous, on est tout de suite saisi par l’immensité et la douceur du paysage qui crée un caractère, quasiment une sensibilité cosmique. Est-ce que je me trompe?

J. Fafard : Pas vraiment. Mais du temps de mon grand-père, on pensait davantage en termes pratiques. Des millions sont partis du Québec pour se perdre, s’assimiler dans l’immensité des États-Unis, quatre millions dit-on. Si ces quatre millions étaient venus ici, on aurait eu une majorité en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba, trois provinces qui totalisent environ cinq millions d’habitants. Mais les Britanniques préféraient par ailleurs faire venir des gens de l’Europe de l’Est et de l’Allemagne plutôt que des Canadiens.

J.-P. T. : Afin de mieux diviser pour régner, comme toujours.

J. Fafard : Ce n’était pas un hasard. On s’est donc fait avoir. N’empêche, on voit encore aujourd’hui l’effort de survivance des communautés francophones transmis par les parents et grands-parents, à Vonda, à Bellegarde….

J.-P. T. : Et vos ancêtres, ils viennent d’où?

J. Fafard : Les Fafard venaient de près de Saint-Hyacinthe, de Saint-Germain-de-Grantham. Les Cantin venaient de Saint-Raymond-de-Portneuf. Mon grand-père Cantin est arrivé en 1904, je pense, et a marié une fille Colombe Decorby dont la famille s’était établie en 1883. Ils ont bâti la petite communauté de Sainte-Marthe. Mes parents ont continué. Mais les petites communautés ont de la difficulté à se perpétuer, tant anglaises que françaises, car il y a beaucoup moins de gens qui vivent sur les terres.

J.-P. T. : Permettez-moi de quitter l’histoire pour revenir à l’artiste et à son oeuvre, je remarque que toute votre oeuvre est figurative. Il n’y a rien d’abstrait. Est-ce une question importante pour vous ou non?

J. Fafard : Dans la figuration, il y a aussi des aspects abstraits, le volume, le trait, le dessin. Je n’ai jamais trouvé l’art abstrait tellement satisfaisant. Je suis plus ému par des images que par leurs éléments abstraits. En musique ça passe mieux, toutefois.

J.-P. T. : Mais l’expérimentation ne vous a-t-elle jamais intéressé?

J. Fafard : Oui, j’en ai fait quand j’étais étudiant. Mais c’était plus des exercices cérébraux, formels. Je n’y trouvais pas de jus. J’ai peut-être trop aimé l’art de créateurs tels que Van Gogh, Renoir, Manet…

J.-P. T. : Vous les avez d’ailleurs sculptés, sauf Manet, si je ne me trompe.

J. Fafard : J’aimerais faire Edgar Degas. J’ai aussi beaucoup aimé l’art de Picasso. Même si ses méthodes le rapprochent de l’art abstrait, il n’a jamais abandonné l’image. Quand l’art devient complètement abstrait, il ressemble à du design. Beau et vide.

J.-P. T. : Beau et vide…. Qu’entendez-vous par là? C’est mort?

J. Fafard : Il faudrait y trouver une spiritualité, une expérience religieuse. Je pense à l’artiste américain, Rothko, tout à fait abstrait. Je n’accroche pas. En revanche, je me souviens d’avoir vu La Jeune Fille devant un miroir, de Picasso, à New York. J’étais tout de suite transporté.

J.-P. T. : Peut-on dire que vous êtes un artiste naïf, et pas dans un mauvais sens?

J. Fafard : Naïf me semble assez péjoratif, comme si on ne prenait pas complètement conscience de la réalité.

J.-P. T. : Je pensais plutôt à l’art naïf mexicain, que vous connaissez bien.

J. Fafard : Je préfère dire art primitif qui transmet une vraie vision particulière de l’artiste, exprimée dans des méthodes sans doute pas très élaborées mais très efficaces. Je pense au Mexicain Rufino Tamayo.

J.-P. T. : Peut-on dire que plus l’art est stylisé, moins il manifeste de vitalité, plus il est asphyxié?

J. Fafard : Oui, la spontanéité disparaît.

J.-P. T. : Peut-on dire d’un autre côté que votre art est ordinaire?

J. Fafard : On pourrait dire ça.

J.-P. T. : Vos personnages ne prennent pas de poses héroïques. Il n’y a rien d’exaltant, on sent une pesanteur, une densité.

J. Fafard : Je ne voulais pas prendre le genre romantique, comme on voit par exemple dans les portraits de Napoléon de Jacques-Louis David. Je préfère la réalité des gens ordinaires auxquels on peut s’identifier. Je ne peux pas m’identifier à un personnage de David. Je ne m’y reconnais pas. Je pense aussi que l’art, c’est pour tout le monde, pas juste pour les collectionneurs riches. La plupart des gens vivent une vie assez ordinaire, héroïque dans leur survie. Mais je choisis souvent tout de même des personnages extraordinaires pour faire mes pièces. Comme Frida Kahlo, qui est une personne extraordinaire.

J.-P. T. : Dans quel sens?

J. Fafard : Elle était complètement farfelue, et profonde et intélligente.

J.-P. T. : Mais alors, est-ce qu’on peut dire que cet héroïsme ordinaire de la survivance est ce qui vous rattache à la Saskatchewan? Je fais peut-être de la psychanalyse à deux sous…

J. Fafard : Ce n’est peut-être pas fou, ce que vous dites. La lutte quotidienne, la monotonie du travail de fermier, traire les vaches tous les jours…

J.-P. T. : Ça crée un rythme et un caractère….

J. Fafard : … une détermination. Après ça, on ne veut pas perdre la lutte. Les années 1930 n’ont pas été faciles.

J.-P. T. : On sent surtout cette détermination dans vos célèbres sculptures de vaches. Elles sont présentes, campées sur leurs quatre pattes, inamovibles. Là encore, je fais peut-être de la psychanalyse à deux sous…

J. Fafard : (rires) C’est peut-être vrai. J’ai toujours été frappé du fait que les vaches avaient toujours leur propre idée. Elles sont paisibles, peu nerveuses….

J.-P. T. : …. elles ruminent. En plus d’être sculpteur, êtes-vous fermier?

J. Fafard : Je m’occupe de ma ferme, de mes poules, de mes petits chevaux, d’un lama, de mes lapins en liberté. Je plante des arbres. J’ai 72 acres mais ce n’est pas une vraie ferme. J’en laisse une moitié à l’état de nature. Il y a des animaux sauvages, un petit cours d’eau, des castors, des chevreuils, des ratons laveurs, des oiseaux.

J.-P. T. : Ça dénote une grande confiance dans la nature.

J. Fafard : Ça me fait penser à une toile américaine primitive qui s’appelle The Peaceable Kingdom, effectuée par Hicks et qui représente des animaux qui cohabitent ensemble avant la chute d’Adam et Ève.

J.-P. T. : Ce qui me fait aussi penser à une très belle histoire de l’écrivain français Jean Giono, L’Homme qui plantait des arbres. C’est Frédéric Back qui l’a mis en dessin animé.

J. Fafard : Je l’ai vu. Une très belle histoire en effet. J’ai beaucoup aimé Crac! aussi. Au sujet d’une chaise berceuse, qui parlait de l’histoire de la culture québécoise

J.-P. T. : L’avenir s‘annonce comment pour vous? Vous avez évolué entre l’argile et le bronze. Envisagez-vous d’autres formes d’expression, d’autres matériaux? Allez-vous vous reposer?

J. Fafard : Je me suis assez reposé. J’ai hâte de me remettre au travail. Je ne sais jamais d’avance ce que je vais créer. Chaque oeuvre est une surprise, une découverte.

J.-P. T. : Vous n’êtes pas du genre à créer en fonction d’une commande.

J. Fafard : C’est quelquefois stimulant de recevoir une commande car je me retrouve devant une question qui m’interpelle. J’en avais reçu une l’année dernière pour faire une grande pièce d’Emily Carr qui devait aller dehors. Mais je n’aime pas travailler des personnages de taille nature. Je préfère les tailles réduites. Je l’ai donc faite petite, sur un socle avec un cheval, un singe, un chien et elle-même, debout, regardant un paysage. J’ai dû me dépasser, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Ceci dit, je vais refuser carrément certaines commandes, comme représenter des bibelots, des chiens. Mais pas pour des raisons financières.

J.-P. T. : Mais il faut vivre quand même. Joe Fafard, merci beaucoup.


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Pour plus d'information sur Joe Fafard, on peut consulter le site de l'artiste (certaines pages sont traduites en français): www.joefafard.com
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Sculpteur de renommée internationale, honoré de l'Ordre du Canada et de plusieurs prix prestigieux, Joe Fafard est demeuré attaché à sa province natale. Établi à Lumsden, il poursuit une oeuvre qui se démarque dans le paysage de l'art contemporain par le regard direct, rempli de curiosité qu'il jette sur le monde et par un savoir-faire digne des maîtres artisans d'autrefois.
Extraits


«N’oubliez pas qu’en Saskatchewan, il n’y a pas de majorité ethnique, il n’y a que des groupes minoritaires. On est fier de produire une culture saskatchewanaise en ce sens.»




«Des millions sont partis du Québec pour se perdre, s’assimiler dans l’immensité des États-Unis, quatre millions dit-on. Si ces quatre millions étaient venus ici, on aurait eu une majorité en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba, trois provinces qui totalisent environ cinq millions d’habitants. Mais les Britanniques préféraient par ailleurs faire venir des gens de l’Europe de l’Est et de l’Allemagne plutôt que des Canadiens.»

Communautés francophones de Saskatchewan - 2012