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| Essor démographique et économique |
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Outre sa politique ferroviaire, le gouvernement provincial comptait développer les investissements d'ailleurs. Les capitaux locaux étant nettement insuffisants, l'expansion ne pouvait venir que du dehors, comme cela avait été le cas avec la conserverie de saumon et l'exploitation minière. Deux entrepreneurs ontariens, William Mackenzie et Donald Mann, s'illustrèrent particulièrement, non seulement dans le rail mais aussi dans le charbon et le bois. Les Anglais et les Canadiens s'adonnaient à la spéculation foncière, débitant des terrains, jouxtant souvent les chemins de fer, en petits lots et les revendant à de nouveaux arrivants. L'irrigation permit à la vallée de l'Okanagan de passer de l'activité d'élevage à l'arboriculture à petite échelle. L'afflux de livres sterling était en général discret, sous forme souvent de placements de portefeuille dans des obligations d'État servant à financer les services publics ou les infrastructures physiques. Les dollars américains allèrent à l'industrie du cuivre dans les régions du Kootenay et de Boundary, finançant également une importante fabrique de pâtes et papiers à Powell River sur la côte Sud. Les capitaux américains permirent également une croissance phénoménale de l'exploitation forestière, en partie parce que les concessions forestières de la Couronne n'avaient été pendant longtemps régies par aucun règlement. Une Commission royale sonna finalement l'alarme en 1910 mais environ 80 % des forêts de la Couronne avaient été octroyées, à des grandes compagnies notamment.
La croissance démographique allait favoriser l'essor économique. Le gouvernement fédéral, conformément à sa politique nationale, lança une campagne d'immigration en 1896 afin d'attirer des colons pour produire des matières premières et acheter des produits manufacturés. La Colombie-Britannique en profita. Les Anglais en particulier prisaient la province, en raison notamment de son statut colonial récent. D'à peine 6 000 natifs de la métropole en 1881, les effectifs passèrent à 116 000 en 1911. La population de la province atteignait alors presque 400 000 habitants, soit plus du double que dix ans auparavant, puis le demi-million à la veille de la Première Guerre mondiale, laquelle marqua un arrêt de l'immigration massive jusqu'au milieu du siècle. La province, la seule au pays, continuait à attirer des immigrants asiatiques du fait de la proximité géographique. Les sikhs indiens arrivaient souvent avec leur savoir en foresterie pour se retrouver dans le même secteur d'activité, tout comme les Japonais, affectés le plus souvent à la pêche ou à l'agriculture à petite échelle. Le nombre d'Asiatiques à la veille du premier conflit mondial avoisinait les 30 000 alors que celui des autochtones dégringolait à 20 000 en 1911. Cette population, parquée dans des réserves alors que ses enfants fréquentaient des écoles séparées, subit le racisme qui s'étendit à tous les immigrants non blancs. Les Japonais connurent le même sort en 1895 et les Indiens en 1907. Un « gentlemen's agreement » canado-japonais limita le nombre de Japonais admis au pays, en l'occurrence en Colombie-Britannique. L'immigration chinoise était contrôlée par un impôt de capitation au début puis interdite de façon légale par le gouvernement fédéral en 1923. L'incident du Komagata Maru de 1914 symbolisa la volonté de groupes économiques et politiques dominants de maintenir une Colombie-Britannique « blanche ».
Les fruits de la croissance transitaient de plus en plus par Vancouver qui devenait ainsi un centre de services pour un arrière-pays en pleine expansion; celui-ci allait couvrir presque tout le territoire de la province. Presque la moitié de la population se concentrait sur la région du Lower Mainland allant de Vancouver et se prolongeant le long de la vallée du Fraser. Le fulgurant essor du capitalisme au début du XXe siècle eut un impact énorme sur la vie de tous les Britanno-Colombiens. L'évolution de l'habitat et de l'emploi mit en relief et accentua les inégalités aux points de vue des conditions de travail et de la qualité de vie. Les revendications liées au travail se propagèrent à la sphère privée. Le travail d'exploitation des ressources était ennuyeux, insalubre, difficile et mal rémunéré. Les mineurs du charbon de l'île de Vancouver entamèrent une grève dès 1877 après que leur patron, Robert Dunsmuir, avait réduit leur salaire d'un tiers. La cruauté avec laquelle ces hommes furent forcés de retourner au travail, avec l'accord du gouvernement provincial, donna le ton aux relations employeur-employé en Colombie-Britannique. Même si certains travailleurs préconisaient la méthode électorale, la plupart préféraient revendiquer de façon directe et, en 1911, les syndicats comptaient plus de 22 000 membres, soit 12 % de la main-d'œuvre non agricole. La Colombie-Britannique connut, au cours de cette période, plus de grèves que n'importe quelle autre province mais le militantisme ne se limita pas aux hommes ou aux lieux de travail. Le mouvement des réformes sociales fut une affaire essentiellement féminine, blanche et de classe moyenne qui visait à élargir le rôle domestique traditionnel de la femme au sein de la collectivité. Ce mouvement bénéficiait de l'aval des églises protestantes qui se sentaient de plus en plus responsables de l'amélioration des conditions de l'ici-bas tout en préparant leurs ouailles à l'au-delà. L'objet des réformes, dans la province et ailleurs, concernait essentiellement l'alcool et le droit de vote des femmes. La première section du Women's Christian Temperance Union fut mise en place en 1882 à Victoria et la première association de défense du droit de vote en 1910. L'opposition libérale, sentant le vent tourner, appuya ce droit deux ans plus tard.
Cet essor de l'esprit de réforme n'empêchait pas le boom économique de continuer. Ceci dit, les détenteurs de capitaux commencèrent à retirer leurs avoirs dès 1912 après avoir pris conscience qu'une grande partie de ce dynamisme était surtout le fruit d'un battage publicitaire. La situation politique en Europe se dégradait et allait aboutir à la déclaration de guerre de la France et de l'Angleterre contre l'Allemagne en août 1914. Le patriotisme aidant, la guerre en vint à concerner tout le monde. La Colombie-Britannique envoya la plus forte proportion de volontaires au Canada, soit 90 pour 1000. Cette situation s'explique par la répartition entre les sexes, où les hommes étaient majoritaires, et une fibre britannique ravivée. Chaque catégorie de citoyen se porta volontaire, y compris les autochtones, les Japonais, les sikhs, et contribua à la victoire finale en 1918. Le mandat de Richard McBride vint à terme pendant la guerre : il démissionna en 1915 pour des raisons de santé et suite à des accusations de favoritisme et de corruption, entre autres. Son successeur dura quelques mois et fut mis en échec par les libéraux qui allaient garder le pouvoir pendant 12 ans. John Oliver fut, des trois premiers ministres libéraux, la figure qui se distingua. Son long maintien au pouvoir, de 1918 jusqu'à son décès en août 1927, s'explique par une opposition conservatrice divisée et une réputation de sage qui avait réussi par ses propres moyens. En 1922, un groupe dissident de droite dirigé par des hommes d'affaires vancouvérois s'allia à des cultivateurs mécontents pour tenter de revenir à l'ancienne forme de politique de coalitions : le Provincial Party incarnait l'insatisfaction face aux partis principaux considérés comme un empiètement fédéral. Le passage du pouvoir des conservateurs aux mains des libéraux favorisa les réformateurs sociaux. Le patriotisme, stimulé par la guerre, aboutit au droit de vote des femmes au Manitoba en 1915; les autres provinces des prairies suivirent de près. Les libéraux provinciaux gagnèrent les élections de 1916 avec un programme défendant la prohibition et le vote des femmes. |
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Ce texte est une traduction de l'article de Jean Barman publié dans l'Encyclopedia of British Columbia.
Traduction par Jean-Philippe Trottier. Reproduction autorisée par l'éditeur. |
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