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Des premières nations au Traité de Washington
L'homme habite l'actuelle Colombie-Britannique depuis environ 10 000 ans. Malheureusement, nous en savons infiniment moins sur les débuts que sur les deux derniers siècles. Les habitants ont laissé peu de traces qui auraient permis de décrire leur existence autrement qu'à grands traits. Ce sont les nouveaux arrivants, avec leur souci de consigner leurs renseignements, qui ont marqué les débuts de ce qu'on considère communément l' « histoire » de la Colombie-Britannique. L'appellation Colombie-Britannique est née elle-même au cours des deux derniers siècles. Il s'agit, abstraction faite de l'océan Pacifique à l'ouest et des montagnes Rocheuses à l'est, d'une construction au même titre que l' « histoire » que nous lui attribuons. Il n'en demeure pas moins qu'une histoire requiert certaines balises, à la fois réelles et fabriquées. La Colombie-Britannique existe donc en tant qu'entité politique - et de plus en plus comme réalité économique et sociale - depuis à peine les années 1860.

Nous connaissons certaines caractéristiques du mode de vie des peuples autochtones avant l'arrivée des Européens. Ils se répartissaient globalement selon qu'ils habitaient la côte ou l'intérieur des terres. Les conditions généralement difficiles à l'intérieur signifiaient que l'on devait consacrer beaucoup de temps pour se nourrir et s'abriter; l'organisation sociale et les rituels y étaient donc, pour la plupart, moins développés que sur la côte qui, elle, bénéficiait d'un environnement plus clément, symbolisé par deux éléments de base : le saumon pour la nourriture et le cèdre pour presque tout le reste. Les peuples côtiers divisaient l'année en deux : l'été était consacré aux moyens d'assurer la survie et l'hiver, aux activités culturelles et spirituelles, avec pour axe central le potlatch. Il s'agissait d'une cérémonie réglée dans ses moindres détails où l'on distribuait des objets pour confirmer ou souligner un statut ou pour commémorer des événements importants. L'existence de 30 langues, qui diffèrent l'une de l'autre autant que l'anglais se démarque du français, témoigne de la complexité des regroupements tribaux dans ce qui est aujourd'hui la Colombie-Britannique.

Une situation géographique à l'extrémité de l'Amérique du Nord explique que le territoire n'a été exploré par les Européens que bien plus tard, après qu'ils eurent colonisé la plus grande partie du monde. Les premières vagues ont commencé avec les Russes au nord, qui cherchaient à exploiter l'actuelle Alaska, et les Espagnols au sud, qui avaient conquis le Mexique. Il est possible que Vitus Bering, un navigateur danois au service de la marine russe, se soit rendu aussi loin que la Colombie-Britannique durant l'expédition de 1740 visant à établir si l'Amérique du Nord était séparée de l'Asie. L'expansion espagnole a pour sa part pris la forme de trois expéditions entre 1774 et 1779 au terme desquelles la côte fut rattachée, nominalement du moins, à l'Espagne. La Grande-Bretagne essayait depuis longtemps de se frayer une voie maritime au nord-ouest pour faciliter son commerce florissant avec l'Asie. Les tentatives à partir de l'est de l'Amérique du Nord s'étaient soldées par un échec et le héros national James Cook reçut le mandat de trouver une voie terrestre à partir de la côte ouest. Il mouilla l'ancre près du détroit de Nootka, sur la côte ouest de l'île de Vancouver, au printemps 1774 pour ensuite naviguer le long de la côte vers le nord avant de bifurquer vers l'Asie. Échouant à trouver un passage au nord-ouest (et pour cause, il n'y en avait pas), l'expédition eut malgré tout deux conséquences importantes. Elle signifia sur le coup la première incursion commerciale dans le nord-ouest du Pacifique : les hommes de Cook avaient acheté quelques fourrures de loutre de mer auprès des indigènes et les avaient revendues sans peine en Chine. Un commerce maritime de la fourrure se développa immédiatement, dans lequel les marchands de la Nouvelle-Angleterre, aux États-Unis nouvellement émancipés, ne tardèrent pas à éliminer leurs concurrents. Plus de 170 navires de plusieurs pays se rendirent sur la côte au plus fort de l'exploitation, entre 1785 et 1825, jusqu'à l'extinction presque complète de la loutre de mer. Cet épisode marqua l'effondrement du boom économique axé sur les ressources naturelles, le premier d'une série que la Colombie-Britannique connaîtrait au cours des deux prochains siècles.

La seconde conséquence de cette expédition fut une controverse de plus en plus forte avec l'Espagne au sujet de la souveraineté du détroit de Nootka, considéré comme la voie d'accès à la côte de la Colombie-Britannique. Un règlement diplomatique, adopté en 1790-94, accorda des droits commerciaux aux deux pays sans évoquer la question de la possession. Chaque partie chercha à renforcer sa position en recueillant autant de renseignements que possible et c'est ainsi que le capitaine George Vancouver dressa une grande partie de la carte côtière en 1792-94 pour le compte de la Grande-Bretagne et que l'Espagne s'en désintéressa de plus en plus.

La Colombie-Britannique donnait aussi bien sur l'ouest que sur l'est. Dans ce cas-ci, l'incursion provint des marchands de fourrure qui cherchaient également une voie maritime, en l'occurrence un passage pour la compagnie North West de Montréal. Alexander MacKenzie navigua sur des rivières en 1793 pour rejoindre l'anse à Bella Coola. En 1808, ce fut Simon Fraser qui atteignait l'embouchure du fleuve Fraser qui porte son nom alors que David Thomson poussait plus au sud vers la même époque. Même si aucun ne découvrit le passage maritime tant convoité, chacun établit plusieurs petits comptoirs commerciaux. L'entente mettant fin à la guerre anglo-américaine de 1812 prévoyait une occupation conjointe, flexible, du nord-ouest du Pacifique mais les deux pays y trouvaient peu d'intérêt autre que les fructueux dividendes de la traite de la fourrure.

La traite de la fourrure terrestre se développa au début du XIXe siècle au centre de l'actuelle Colombie-Britannique, dans une région appelée Nouvelle-Calédonie, s'étendant au sud vers le fleuve Columbia dans les États de Washington et de l'Oregon. La Compagnie de la Baie d'Hudson, basée à Londres, détrôna ses derniers concurrents en 1821 pour monopoliser la traite du nord-ouest du Pacifique et établir des comptoirs où les nouveaux arrivants s'installaient pour toute une année et commerçaient avec les indigènes. Cette activité constituait une intrusion mineure dans les sociétés autochtones. De nouveaux biens circulaient dans l'économie locale et quelques femmes vivaient avec ces nouveaux venus, certes, mais rien n'avait changé fondamentalement. La transformation arriva cependant lorsque les Européens décidèrent de s'installer pour de bon et de disputer aux indigènes les ressources et les terres au lieu de simplement exploiter une seule denrée et de repartir. Cela se passa dans les années 1830 alors que les Américains croyaient de plus en plus en leur « destinée manifeste » d'occuper tout le continent, d'un océan à l'autre. Des familles se déplacèrent pour s'installer à proximité du comptoir principal de Fort Vancouver, non loin de l'embouchure du fleuve Columbia, en si grand nombre que la Compagnie de la Baie d'Hudson décida d'en fonder un autre sur l'île de Vancouver au nord afin d'assurer sa prospérité future : Fort Victoria voyait le jour en 1843, sous l'autorité de James Douglas, marchand pour le compte de la compagnie. Des troubles provoqués par des colons américains décidèrent Américains et Britanniques à signer le traité de Washington en 1846 et à rallonger la frontière internationale en vigueur, sur le 49e parallèle, des Rocheuses vers l'océan Pacifique en contournant la pointe sud de l'île de Vancouver.

La Colombie-Britannique se voyait ainsi non seulement délimitée au sud, mais également cédée à la Grande-Bretagne et celle-ci colonisa l'île en 1849 officiellement. Richard Blanshard fut nommé gouverneur et ce fut tout car la métropole, n'étant pas intéressée par cette région éloignée de l'Amérique du Nord, en délégua la gestion des affaires courantes à la Compagnie de la Baie d'Hudson à condition que celle-ci encourageât la colonisation. Elle déménagea ses quartiers généraux vers le nord à Fort Victoria, avec James Douglas à sa tête, et ferma progressivement ses comptoirs américains. J. Douglas devint également gouverneur, suite au départ de R. Blanshard en 1851, ce qui resserra les liens entre la traite et la colonie. Il reconnaissait cependant qu'en fait « les intérêt de la colonie et de la traite de coïncideraient jamais. » L'occupation des terres par les immigrants changea l'ordre des choses et les peuples indigènes apportèrent de moins en moins de fourrures. Les efforts de colonisation la CBH furent tout au plus tièdes, tout juste de quoi empêcher les autorités britanniques d'annuler l'entente. La compagnie se lança certes dans l'extraction du charbon et envoya une poignée de mineurs anglais s'installer à Nanaimo. Une population peu abondante et une métropole réticente à consacrer beaucoup d'argent à sa nouvelle colonie expliquent que peu de traités ont été signés avec les peuples autochtones. James Douglas en a pourtant signé 14 entre 1850 et 1854, concernant les alentours de Victoria et les mines de charbon mais, faute de ressources, il ne put aller plus loin. La guerre de Crimée en 1854 suscita un bref intérêt de la part de la Grande-Bretagne pour l'île de Vancouver, qui déplaça sa flotte de la marine royale du Chili à Esquimalt mais la population non autochtone de l'île de ne dépassait toujours pas 700 âmes en 1851, en plus des quelques colons dans les comptoirs éparpillés sur le continent.
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Ce texte est une traduction de l'article de Jean Barman publié dans l'Encyclopedia of British Columbia. Jean Barman est historienne. Elle enseigne à l'Université de la Colombie-Britannique et parallèlement, édite les BC Studies. C'est à ce titre qu'elle participe à "In search of BC", sorte de tribune libre du BC Almanach, programme-fenêtre de la Radio-One CBC sur la Colombie-Britannique, dont on a par ailleurs tiré un livre. C'est cette occasion qu'elle identifie une problématique essentielle, inhérante à la question de l'identité de la Colombie-Britannique, dans un article intitulé « British Columbia needs no history. Or does it ? »1. La très courte histoire de la Colombie-Britannique que Barman définit d'emblée comme « la province du présent regardant vers l'avenir », pose inévitablement la question de son insignifiance. Mais, la question se pose différemment si l'on envisage l'opportunité d'en faire l'économie. L'historienne établit une distinction entre la "Grande" petite Histoire de la province, qui s'est écrite avec et contre celles des États-Unis et du Canada, et les petites histoires de cette Histoire, celles des personnes qui ont de « multiples entrées» dans cette Histoire faite de passés qui se sont déroulés dans le monde entier et de différentes trajectoires dans un monde nouveau.

Note : le volumineux article de Mme Barman, découpé en plusieurs sections pour faciliter la lecture ne tient nullement compte de la présence ni de l'apport des francophones dans la province.

Dernière mise à jour: 09/27/2007
Communautés francophones de la Colombie-Britannique - 2012