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| De 1945 à aujourd'hui |
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La fin imminente de la guerre fit craindre une autre récession. Craintes infondées car le Canada entamait une période de stabilité économique qui, hormis des turbulences entre 1958 et 1962, allait se poursuivre jusqu'au début des années 1970. La reconstruction européenne et la croissance industrielle internationale stimulèrent le secteur primaire; la Colombie-Britannique en profita largement. L'industrie forestière se déplaça de la côte vers l'intérieur, accélérant la croissance de Prince George. On commença l'exploitation de pétrole et de gaz naturel dans le nord-est, mais dans une moindre mesure qu'au nord de l'Alberta. Les fonderies de Trail prirent de l'expansion et l'exploitation de l'amiante démarra dans l'extrême nord-ouest. Les autorités provinciales signèrent une entente avec l'Aluminium Company of Canada (Alcan) en 1951 pour la construction d'une grande fonderie au sud-ouest de Prince Rupert, où naîtrait plus tard la ville de Kitimat. L'année suivante, le Pacific Great Eastern Railway, inachevé depuis longtemps, fut enfin prolongé jusqu'à Prince George (et plus au nord par la suite). La capacité de tirer profit des circonstances économiques favorables reposait également sur un réalignement politique. La coalition au pouvoir se maintint après la guerre alors que se manifestait une nouvelle force politique en la personne de W.A.C. Bennett. Petit homme d'affaires par excellence, il s'était hissé au pouvoir sous les couleurs du Crédit social, un parti populiste né dans les prairies pendant la dépression et qui avait dirigé l'Alberta en 1935 et s'était déplacé vers l'Ouest avec la migration.
La proportion de Britanno-Colombiens nés dans les prairies dépassait les 20 % en 1951. W.A.C. Bennett, né au Nouveau-Brunswick puis établi en Alberta et ensuite dans la vallée de l'Okanagan, figurait parmi eux. Ne réussissant pas à se faire admettre dans les rangs du parti conservateur, dont l'establishment vancouvérois formait la base électorale, il choisit le Crédit social, un nouveau parti qu'il dynamisa. Au moment des élections de 1952, des divergences politiques et personnelles avaient scindé la coalition au pouvoir. Elle n'en avait pas moins prévu un report mutuel des voix afin de contrer le CCF, l'ennemi commun, mais les résultats donnèrent la mesure de l'antipathie des deux partis principaux auprès de l'électorat. Le CCF obtint la majorité des voix mais le Crédit social un député de plus. W.A.C. Bennett fut chargé de former le nouveau gouvernement et manifesta clairement sa sensibilité à l'égard de la diversité de la population en nommant la première femme à un poste ministériel, un syndicaliste, des non-Britanniques, des chrétiens évangéliques, des Britanno-Colombiens des régions et d'anciens Albertains. Afin de résoudre le blocage politique, le Crédit social convoqua des élections l'année suivante qu'il remporta haut la main, profitant de la confusion au sein du CCF. Sa coalition était devenue indélogeable aux élections subséquentes, lesquelles avaient repris le scrutin uninominal. La personnalité demeurait un facteur essentiel alors même que le CCF était devenu le Nouveau Parti démocratique au niveau fédéral. Affichant une volonté de modération et de rassemblement, notamment auprès des syndicats, le NPD ne parvenait pas à recueillir plus du tiers des suffrages contrairement au Crédit social qui en raflait entre 40 et 47 %. Ce n'est qu'en 1972 que l'équilibre changea, alors que W.A.C. Bennett avait passé 20 ans au pouvoir.
Le Crédit social poursuivait une politique déjà entamée auparavant et capitalisa sur l'augmentation généralisée des salaires, la prospérité et la confiance dont l'Occident était témoin. Tout comme ses prédécesseurs, W.A.C. Bennett avait également coutume de mettre ses échecs sur le dos du gouvernement fédéral et de s'attribuer le mérite de ses succès. Promettant à ses concitoyens ce qu'il appelait « la bonne vie », il y réussit un certain temps. La théorie que le parti avait quasiment érigée en dogme voulait que le progrès matériel reposât sur le développement rapide des ressources. Il fallait principalement attirer des capitaux extérieurs et les investissements américains grimpèrent de façon inédite. Plus de la moitié des capitaux dans une industrie forestière en pleine expansion provenaient des États-Unis au milieu des années 1950. La politique gouvernementale favorisait la concession à long terme de terres de la Couronne, plus fiable et profitable, avec pour résultat une forte concentration des entreprises. L'expansion du secteur reposait surtout sur les pâtes et papiers, ce qui concentra également la foresterie aux mains de quelques grandes multinationales intégrées. De 1952 à 1972, la valeur des produits canadiens exportés à partir de la Colombie-Britannique quintupla. Les années 1950 furent celles de la création d'infrastructures et donc de grands projets de développement, hydroélectriques notamment, qui allaient se poursuivre au cours de la décennie suivante. L'infrastructure routière avait reçu plus d'argent pendant les six premières années de l’administration de W.A.C. Bennett que dans toute l'histoire de la province. Le transport aérien et les canalisations connurent un développement tout aussi important. Le Traité du fleuve Columbia signé avec les États-Unis en 1961 donna le coup d'envoi à la construction de trois barrages-réservoirs au sud de la province : celle-ci recevrait un montant unique en échange des futures retombées hydroélectriques en aval. On construisit le barrage Bennett sur la rivière Peace au nord-est. La Colombie-Britannique devenait enfin un ensemble économique intégré.
L'implication accrue de l'État s'étendit aux services sociaux. Les gouvernements fédéral et provincial adoptèrent l'assurance-santé, les allocations familiales pour les jeunes et les retraites pour les aînés. L'accès à l'enseignement post-secondaire se démocratisa. L'Université de Victoria fut fondée en 1963, remplaçant un collège qui dispensait un enseignement de deux ans, et l'Université Simon Fraser vit le jour en 1965 à Burnaby. La province vit apparaître un peu partout des collèges communautaires de formation professionnelle, offrant par ailleurs des cours de niveau universitaire de deux ans.
L'engouement envers le Crédit social s'estompa finalement au début des années 1970. L'opinion publique ne pouvait se rendre à l'évidence, de plus en plus criante, que même le gouvernement Bennett ne pouvait maintenir cet état de grâce. Le NPD, sous la houlette de David Barrett, jeune travailleur social, remporta une mince victoire en 1972 avec 40 % des votes, contre 31 % pour le Crédit social. Il promulgua immédiatement de nombreuses réformes jugées, avec le recul, trop ambitieuses et trop précipitées dans le contexte économique difficile de l'époque. Le gouvernement convoqua de nouvelles élections en 1975, bien avant la fin de son mandat, pour les perdre face à une coalition du Crédit social revigorée et menée par William "Bill" Bennett, fils du précédent. Ce dernier, sensible à la libre entreprise et au resserrement des dépenses publiques, appliqua une gestion plus austère que son père. Cette coalition, dirigée par B. Bennett puis Bill Vander Zalm et ensuite, brièvement, Rita Johnston, première femme à accéder au poste, garda le pouvoir jusqu'à son implosion des conséquences d'une désorganisation interne et d'un manque de vision. Un parti libéral ravivé ne put barrer le chemin au NPD qui, sous la direction de Michael Harcourt, ancien maire populaire de Vancouver, remporta de justesse les élections de 1991 avec 40 % des suffrages. Celles de 1996 maintinrent le parti au pouvoir sous Glen Clark, même si les libéraux remportaient une plus grande proportion du vote populaire, soit 43 % contre 39 % pour le NPD, avec à leur tête Gordon Campbell, ancien maire de Vancouver délibérément en rupture avec son pendant fédéral.
La Colombie-Britannique était déphasée par rapport au Canada. Outre la situation politique, l'économie de la province, qui s'était depuis toujours appuyée sur les ressources naturelles, évoluait de façon irrégulière. Les finances souffraient exagérément de la moindre oscillation des cours et de la demande mondiaux. Vancouver continuait à engranger la plus grande partie des profits, même si la capitale Victoria et des centres de services régionaux tels que Kelowna, Nanaimo ou Prince George tiraient leur épingle du jeu. Il était de plus en plus manifeste que les ressources naturelles, le bois, le poisson et le minerai n'étaient pas éternels et, qui plus est, l'attitude à l'égard de leur exploitation, évoluait sensiblement. Le gouvernement fut contraint en mainte occasion de s'impliquer davantage dans leur gestion, protection et préservation. Les questions environnementales à long terme prirent le pas sur des considérations financières à court terme, sous le mandat de M. Harcourt en particulier. Le tourisme et la croissance du secteur tertiaire atténuèrent quelque peu la situation.
La province se distinguait aussi par sa démographie. L'immigration avait certes repris après la Seconde Guerre mondiale mais elle ne prit son véritable essor qu'en 1967 avec l'adoption par le gouvernement fédéral d'une politique en ce sens. La Colombie-Britannique connut la plus forte croissance au Canada, du fait de l'arrivée d'étrangers, de Canadiens d'autres provinces et d'un accroissement naturel. La population dépassa les 2 millions d'habitants en 1971, soit plus du double qu'à la fin de la guerre. Elle passa à 3,3 millions d'habitants en 1991, dont, caractéristique propre à la Colombie-Britannique, la plupart venait d'ailleurs. Ces nouveaux arrivants changèrent le statu quo et la part des Asiatiques grandit à nouveau : de 1 % en 1961, elle approchait les 8 % en 1991. La richesse et le raffinement de nombreux immigrants de Hong-Kong et d'ailleurs effaça l'image du Chinois comme travailleur subalterne. La plupart s'installèrent dans le Lower Mainland et y exercèrent une influence. La tolérance gagnant du terrain, l'égalité des chances devint une réalité de plus en plus tangible. David Lam, immigrant chinois, fut nommé lieutenant-gouverneur en 1988 et des immigrants d'origines chinoise ou sud-asiatique furent élus aux différentes instances provinciales et fédérales. Aucun groupe britanno-colombien n'afficha une position plus contradictoire que les peuples autochtones. Le militantisme social, né dans les années 1960, installa une nouvelle dynamique et se traduisit par une croissance démographique : en 1991, presque 120 000 Britanno-Colombiens, soit un peu moins de 4 %, se réclamaient d'origines autochtones. Ils étaient surtout unis autour de la question des réclamations territoriales. On ne pouvait plus passer sous silence l'absence de traités concernant la plupart des territoires et le gouvernement provincial déclara, peu avant la chute du Crédit social, sa volonté de négocier avec les autorités fédérales. Le processus se révéla extrêmement complexe. La décision de la Cour suprême rendue à la fin de 1997 dans le cas Delgamuukw et la signature d'un traité préliminaire avec les Nisga'a, l'été suivant, indiquèrent enfin la voie à suivre.
La Colombie-Britannique demeure au début du XXIe siècle aussi énigmatique que toujours. La vie politique repose toujours davantage sur des personnalités et des coalitions populistes que sur la loyauté au parti, contrairement à la pratique au niveau fédéral. Une économie fondée encore sur l'exploitation des ressources naturelles explique la persistance et l'intensité des débandades et des reprises. La province se distingue également par une attitude progressiste devant les questions d'égalité raciale, même si les immigrants du dernier siècle et demi ne font pas toujours bon ménage avec les autochtones. Vancouver et le Lower Mainland continuent de dominer la vie sociale et économique. Mais malgré l'éclat de la ville, qui se considère de plus en plus comme une ville-État importante sur la scène mondiale, les fondements économiques de la province sont de plus en plus fragiles. La Colombie-Britannique n'en demeure pas moins un endroit stimulant, quelquefois exaspérant, aux points de vue du travail et de la vie en général. |
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Ce texte est une traduction de l'article de Jean Barman publié dans l'Encyclopedia of British Columbia.
Traduction par Jean-Philippe Trottier. Reproduction autorisée par l'éditeur. |
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